Notre plaisir d’arriver à Minorque est un peu tempéré par l’interdiction du mouillage à Fornells et l’obligation de prendre un corps mort qu’il faut avoir réservé par téléphone (à condition de parler minorquain ?) au moins 48h à l’avance, comme si la navigation, plus encore à la voile, pouvait se plier à des horaires et permettait de s’abstraire des conditions météo ! Certes c’est gratuit (pour combien de temps ?) mais ce havre plutôt grand et bien abrité, autrefois accueillant, s’est transformé en « parking organisé » sous l’impulsion de l’administration locale, avec l’objectif d’en faire un sanctuaire « classé au patrimoine de l’humanité ». Le pire est que la brochure un peu grandiloquente et assez banale qu’on remet aux visiteurs, annonce que toute l’île est désormais sous la protection sourcilleuse des « gardiens de la nature ». Heureusement, ce n’est pas tout à fait le cas, comme nous le verrons ensuite, et nous espérons que le bon sens reviendra, considérant que ce n’est pas quelques dizaines de voiliers conscients de leurs responsabilités, en termes de gestion de déchets ou d’effluents, qui font le plus de mal à l’environnement. Ils sont les premiers à l’aimer et à le protéger.
 
En attendant, une bouée nous fût quand même attribuée au milieu de la passe, parmi toutes celles qui étaient libres, notamment proches du village, en ce début juin. Quelques décilitres d’essence de l’annexe compenseront la distance supplémentaire, lors de nos navettes à terre, au détriment des émissions de CO2. Le marché aux bonbons de Fornells est une nouveauté assez étonnante. 
 
Transitant vers l’escale suivante, Cala Adaïa, Marie a pris sa première bonite de l’année. Ouf cela marche encore ! Ce mouillage très petit mais parfaitement protégé, est envahi par les bouées posées de manière anarchique par les riverains. Nous nous résoudrons à en prendre une au hasard, espérant ne gêner personne. Par bonheur ce fut le cas, et cela nous permit de laisser passer un coup de vent de nord-ouest accompagné de fréquentes et grosses pluies qui nous ont parfaitement rincé le pont, et de remplir les réservoirs d’eau douce (80 litres gratuits). Il n’y a pas de ressources, mais flâner jusqu’au fond de cette calanque en annexe, ou en marchant sur les rives, est un régal. La rive Ouest est assez urbanisée avec de jolies villas dans les fleurs, mais la rive Est fait partie du parc naturel régional. Elle est donc vierge, le maquis arrivant jusqu’au bord de l’eau.