Nous avons repris notre route vers Ventotène. Ce court parcours a été effectué en grande partie au moteur, en passant à côté d’un impressionnant rocher isolé appelé « la botta » et agrémenté de la prise d’une daurade coryphène magnifique et succulente puis de quatre bonites en moins d’une heure.
 
Nous sommes arrivés à Ventotène, par hasard, pendant les festivités de la Santa Candida, patronne de l’île. Cela dure une semaine entière avec des décors et des illuminations dans toute la ville, plus une fête chaque soir agrémentée d’un feu d’artifice, modeste, et le lâcher d’une montgolfière de quelques mètres de diamètre emportant sûrement dans le vent un chargement symbolique très important dont nous n’avons pas eu l’explication : peut-être un message pour la sainte, ou pour Rome, allez savoir ! Nous nous attendions, un peu bêtement, à ce qu’après quelques minutes de vol, un dispositif pyrotechnique déclenche son autodestruction spectaculaire, mais non, nous avons fini par la perdre de vue dans la nuit, alors qu’elle devait être à plus de 20 km et 3 ou 4000 mètres d’altitude. Etonnant.
 
Comme beaucoup de ces petites îles italiennes, Ventotène, qui ne mesure que quelques kilomètres carrés, est très peuplée et animée. Les commerces offrent toutes les ressources, et il y a, là aussi, une librairie importante très éclectique, avec ses rayonnages parfois militants, comme celui consacré aux « Berlusconnades » ou plutôt « Berlusconneries » (traduction avec le jeux de mots).
 
Le vieux port romain est utilisé par les pêcheurs et plongeurs très nombreux, ainsi que quelques voiliers de passage. Le nouveau port abrite, derrière une longue jetée, le seul mouillage autrefois un peu protégé de l’île. Il est fréquenté par les nombreux ferries et navettes qui assurent le trafic commercial. Leurs équipages sont véritablement virtuoses, évitant dans un espace à peine plus long que leurs navires et mouillant au millimètre une ou les deux ancres avant de reculer vers le quai. Lorsqu’ils démouillent, ils ont droit aux applaudissements des plaisanciers, un peu inquiets à l’idée que ces énormes chaines ou ancres pourraient enlever les leurs comme des fétus de paille.
 
Quelques plaisanciers s’amarrent à la marina privée ou le long de la jetée, à des postes payants, fournissant l’eau et l’électricité, mais la protection et le confort le long de cette dernière, en particulier par vent d’Est, sont très médiocres. Les tarifs annoncés par le zodiac d’accueil sont élevés mais apparemment négociables (60 € ramenés immédiatement à 50 devant notre moue de déception). Nous avions choisi de mouiller au centre du bassin, comme une demi-douzaine d’autres voiliers, avec des amarres sur les rochers ou ferrailles abandonnées au nord de l’abri. Cette position n’offre aucune ressource, mais est gratuite et assez sûre. Un bonne brise d’est, accompagnée d’une forte instabilité et de quatre mini tornades, dont deux ont fait « fumer » la mer bien quelles n’aient pas atteint le port, nous l’ont confirmé.